A Londres, au début du XIVème siècle, Edouard II monta sur le trône. Dès qu’il apprit la nouvelle de la mort de son père, il écrivit à son amant Gaveston : Mon père est mort, viens !
Gaveston accourut. Ainsi aurait pu commencer une de ces belles histoires d’amour qui se racontent à travers les siècles.
Ainsi commença pourtant une histoire sociale et politique
infiniment sanglante.
La provocation était trop insupportable, les barons irrités par l’irruption arrogante du parvenu, lui déclarèrent une opposition sans merci. La reine Isabelle, amoureuse évincée, tomba dans les bras du chef des rebelles, Mortimer. Espérant sauver un ordre et une hiérarchie d’essence divine, ils renouvelèrent un temps leur allégeance au roi. Mais les temps étaient trop instables, la royauté trop fragile, et le désir d’Edouard trop obstiné. La guerre se précisa, devint totale. Les barons obtinrent la peau de Gaveston, puis d’Edouard. Le malheureux roi fut assassiné dans une cave du château de Berkeley où tous les égoûts se déversaient.
La pièce commence comme un drame historique et se finit comme une tragédie antique, dit Alain Françon. Elle narre un monde composite, où les déclarations de guerre et les déclarations d’amour s’enchevêtrent, où les pulsions libérées par le corps du roi se transforment en agents sociaux incontrôlés, où l’inversion sexuelle se fait face visible de l’inversion sociale.

ma selection