Dire, livrer la parole des victimes, des oubliés : parler au-delà des origines, des préjugés forgés par l’Histoire. Aujourd’hui, plus que jamais, il convient de panser les plaies du passé…
Il y a trois ans, dans Libération, je tombai sur le témoignage d’un « enfant de la honte ». Bien que passionnée par l’Histoire franco-allemande, jamais la problématique de ces enfants, nés de Françaises et de soldats de la Wehrmacht, ne m’avait effleurée. Y compris face aux images de femmes tondues, jamais je ne m’étais interrogée sur le sort fait à leurs enfants.
Bouleversée par le récit que je venais de lire, je décidai d’écrire une pièce et un film sur le sujet.
Les recherches que je fis alors, me conduisirent à cet étrange constat : le thème, peu traité, était méconnu de la plupart des Français. Omission, déni ? Les « enfants de la honte » – 200 000 estime-t-on -, sont pourtant le fruit de l’histoire franco-allemande, une histoire faite de ruptures et de réconciliations.
Le théâtre, lieu de parole, lieu d’engagement, me semblait idéal pour palier cet oubli.
Mais comment aborder un tel sujet, quand on sait que 39-45, reste, par divers aspects, tabou ? Comment surtout, y parler de « l’amour interdit » ?
Très vite, j’écrivis un texte où le témoignage, celui « d’enfants de la honte », m’apparut être la forme juste, et le fondement de mon récit.
Car le témoignage, certes fictif, était le plus à même de restituer, de manière réaliste, quasi documentaire, le ton intime de cette histoire. Et qui, mieux que les témoins, acteurs du drame, pouvait faire le lien entre le public et l’Histoire ; sa transmission ?
Et si « Enfants de la honte » touche à une période douloureuse de notre passé, ça n’est en rien le récit d’une revanche historiciste ou partisane. C’est au-delà de toute polémique, l’histoire d’amour de jeunes amants, que la guerre a déclarés hors la loi. C’est la romance passionnée, transgressive, de Louise et de Horst ; celle de tous les Allemands et Françaises, qui, en ce temps là, se sont aimés. Et le drame qui en découle n’est pas politique, mais tout simplement humain : c’est celui de leurs enfants, de tous les « enfants de la honte ».
C’est à eux, et à tous ceux qui naîtront, de par le monde et les guerres, que j’aimerais dédier mes mots.

Catherine Locicero Courel

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