L’image de Prométhée, ce titan qui vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes et fut ensuite condamné à être enchaîné sur le mont Caucase ? Le foie dévoré pendant l’éternité par un vautour, a tout pour plaire au chorégraphe, dramaturge, performer et plasticien qu’est Jan Fabre. Il y a en effet d’abord la révolte, la fureur, ainsi que le courage d’un acte où s’exprime la pure liberté d’un choix souverain. Mais il y a aussi le corps à la fois enveloppe extérieure et débordement depuis l’intérieur des viscères et autres organes que le vautour dévore. Le corps souffrant qui endure le supplice. Il y a enfin un thème inépuisable tant pour la peinture que pour la sculpture ou  pour la littérature – Kafka n’a-t-il pas eu luiaussi son Prométhée ?… – Rien d’étonnant donc si Jan Fabre, qui s’est déjà confronté à ce thème fécond, y revient aujourd’hui avec ce Prometheus Landscape II. Dans cette performance, le corps devient à la fois arme et autel subissant la torture, évoquant les soldats d’élite du Full Metal Jacket de Stanley Kubrick ; mais aussi le corps comme champ de bataille d’une civilisation qui s’interroge sur l’usage qu’elle a fait de ses lumières et du feu.

Hugues Le Tanneur

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