Réalisateur

Gildas le Roux

Année de production

2003

Durée

40 minutes

Ils sont cinq à revisiter le Spectre de la Rose, que Fokine, toujours lui, chorégraphia pour Nijinski et Karsavina, sur une musique de Weber revue par Berlioz, et un livret de Jean-Louis Vaudoyer à partir du poème de Théophile Gautier. On salue en grand le souffle de l’interprète qui a enchaîné sans discontinuer. Sa version propre ne manque pas d’émotion. Posé sur une chaise, immobile en pleine lumière, on dirait Nijinsky en personne, enclôt dans sa folie avant le saut final. Dans la version de Larrieu, volontiers végétale, qui se joue à terre, les mains mobiles du danseur, comme mille pétales, s’effeuillent selon une effusion retenue. Le mouvement des jambes au sol est précis, dense, ramassé à bon escient. Pedro Pauwels s’abandonne si fort à ses gestes que la grâce naît de cet abandon même. En revanche, la version de Ribeiro, violente, saigne sur scène, depuis des dizaines de roses jetées, piétinées de rage par l’interprète. C’est dire si celui-ci figure ici le sang de l’ouvre. C’est cette forme d’épuisement dans l’effort, au-delà de la grâce, que le chorégraphe est allé puiser chez Pedro Pauwels, lequel n’est pas en reste. L’artiste belge possède une belle puissance d’expression, révèle une harmonie gestuelle virile. Il va à la danse avec un empressement de beau diable non sans une délicieuse angoisse doublée d’une élégance folle.

Muriel Steinmetz

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