Réalisateur

Antoine Verbièse

Année de production

2010

Durée

90 minutes

Mille neuf cent septante-trois est une expérience scénique de la « reprise », qui recompose la trame littérale d’un événement, la rapproche du souvenir forcément déformant que l’artiste, alors enfant, en a conservé et le questionne avec la distance de l’essayiste et du chercheur en sciences humaines. Il s’agit pour Massimo Furlan de refaire un programme télévisuel au plus juste, comme s’il reconstituait une archive. Une heure vingt d’une émission d’avril 1973 : le concours Eurovision de la chanson. Les candidats finlandais, monégasque, espagnol, belges, portugais, italien se succèdent, donnant le meilleur d’eux-mêmes – l’Eurovision, en ce temps-là, proposait ce que l’Europe faisait de mieux en matière de variétés -, jusqu’à ce que vienne le Suisse Patrick Juvet. « Cette prestation me stupéfia, témoigne Massimo Furlan. Un jeune homme souriant, blond, grand, aux cheveux longs, il chantait et semblait tellement à l’aise et heureux. Pourtant il était suisse. » Sur scène, Massimo Furlan refait tout : il interprète les chansons, il endosse les costumes des concurrents de l’époque, il retrouve les coiffures, il fait réécouter les commentaires et voir la prestation de la speakerine de la télévision luxembourgeoise, Helga Guitton, magnifique ce soir-là dans sa robe bleu azur. Mais Massimo Furlan, ou plutôt la créature qu’il convoque pour l’occasion, Pino Tozzi, est d’une certaine manière incompétent : il ne parle ni portugais ni finlandais, ne chante pas très bien, même s’il fait de son mieux, après de nombreuses répétitions. Rigoureuse et extrêmement drôle, son inaptitude est vite émouvante. Car Massimo Furlan ne se moque pas mais réincarne, à trente-sept ans de distance, un concours devenu un mythe collectif tout en restant pour lui un événement personnel. Sa mémoire intime croise ainsi la mémoire populaire, et suscite le commentaire érudit de savants. Le destin de cet enfant devenu grand se mêle à l’histoire de la musique, à celle de la télévision, des vêtements, de la technologie, du divertissement, et à l’histoire tout court de bon nombre des spectateurs. Tout, bien sûr, tient ici dans l’écart entre l’archive et le jeu, le souvenir et la réalité, l’oubli et la mémoire, le vrai et le faux.

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